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L’idée m’est venue le jour où j’avais projeté d’organiser, en Russie, un camp, avec les routiers lyonnais. J’ai alors eu la présence d’esprit de retrouver les anciens contacts d’une des paroisses orthodoxes moscovites, celle des SS Côme et Damien, afin de mettre mes chers jeunes sur le chemin d’un dialogue qui pouvait leur donner envie de découvrir un monde différent, une Eglise véritablement universelle.
C’est à ce moment-là que le nom d’«Inspiration» est apparu. J’ai lu, écouté, parcouru des pages d’information sur ce lieu dont je suis tombé amoureux ! Puis, chemin faisant, une rencontre s’est produite, celle d’une volontaire du Centre, Yulia, qui m’a poussé à aller au village de Nikolskoïe, auprès du P. Elie Dorogoychenko, fondateur et instigateur de l’œuvre… Et même si finalement, nous sommes allés ailleurs, sur les lieux de vie du P. Alexandre Men à Semkhoz, près de la Laure Saint Serge, le désir de voir le Centre de Nikolskoïe persistait en moi. De plus, Yulia nous a rendu visite avec un des enfants accueillis au Centre, lors de séjour des routiers à Moscou, afin que nous puissions ainsi « goûter » au projet initial. C’est seulement après le départ des jeunes que j’ai pu y aller…
J’ai découvert un lieu de bonheur, un lieu véritablement inspiré. C’est pour cela que j’ai voulu aussi vous faire partager l’esprit qui y habite, en vous invitant peut-être à une attention toute particulière pour ces enfants orphelins de Russie, cette goutte d’eau dans l’océan du pays qui sort à peine de plus de 70 ans de léthargie.
Depuis mes visites à Nikolskoïe l’été passé, j’ai pu récolter quelques informations auprès du P. Elie, de Yulia ou de Vladimir, un jeune de 23 ans qui accomplit aujourd’hui les travaux de direction générale des lieux. Bien sûr, venir, voir, vivre n’est pas la même chose que lire ou entendre parler, mais… Qui sait ? Puissent ces lignes toutes simples vous permettre de saisir l’Evangile-en-actes qui fait que l’œuvre décrite tient toujours débout, profondément enracinée dans le désir de rendre la vie pleine d’espérance et de joie. Peut-être aussi voudriez-vous apporter votre aide à tous ces jeunes passionnés, qui font que tant d’enfants retrouvent leur sourire…
Qu’est-ce que Vdohnovenie ?
Chaque homme, depuis sa plus tendre enfance, cherche le bonheur, la joie, le sens de sa vie. Y a-t-il des lieux où on les trouve ? Je crois sincèrement que le Centre « Inspiration » est un de ces lieux. Cinq petites maisons réunies ensemble, formant comme un château de contes de fées, une église devant, un terrain de jeux, et les bois tout autour – voilà la recette du bonheur ! Mais, ce n’est pas seulement un centre de réhabilitation pour les orphelins, ou un château de nos rêves enfantins, c’est l’Inspiration. Et l’inspiration, comme le disent les jeunes pédagogues du Centre, c’est notre refus de l’indifférence.
Créé en 1999 par le P. Elie Dorogoychenko avec un groupe d’amis, le centre a mis quatre ans à prendre forme, à former les formateurs, tous des jeunes motivés par le problème de l’enfance dans la Russie actuelle, où près de 700 000 enfants vivent sans famille, parfois dans des conditions déplorables. Depuis sa création, un nombre étonnant d’enfants a trouvé le chemin de Nikolskoïe : plus de 400 ! Aujourd’hui, quatre projets sont en cours, sans compter les séjours éducatifs que les enfants « à risque », comme il est permis de le dire en Russie, effectuent au Centre durant l’année scolaire. Quatre projets, quatre axes pédagogiques qui permettent d’embrasser l’ensemble du problème de l’enfance asociale, même à un niveau très localisé.
Le premier est lié à l’adoption (« Route vers la maison »). Les jeunes, confiés au Centre par l’équivalent de la DDASS locale, âgés de 1 mois à 11 ans, venant des familles à risque, des orphelinats ou des internats correctionnels sont là, en attente d’une nouvelle chance de trouver les parents qui les aimeront. Les orphelins éprouvent le manque d’adaptation à la vie de famille même à l’âge très précoce. Et l’absence, le manque d’amour et d’attention retentissent sur leur santé, leur développement personnel qu’ils sont en droit d’attendre. Le but du projet est « simple » : aider les enfants à trouver de nouveaux parents, et les futurs parents à s’adapter aux enfants… Comme m’a dit Yulia : « Nous voulons que chaque enfant ait une famille ! » En effet, depuis 5 ans d’existence de ce projet, 30 enfants ont trouvé une famille d’adoption, ou de tutorat.
Le second, est, aussi très prometteur : proposez à un ado de construire une vraie automobile en deux mois, il vous répondra par un « oui » franc et massif ! En effet, le projet en question (« Je suis un homme libre et responsable ») permet aux jeunes de 15-18 ans de trouver une sorte de soupape de sécurité, une réalisation d’eux-mêmes que personne ne leur donne ailleurs. En 2005 est créé au Centre un atelier d’auto-mécanique pour la construction des buggys, ces véhicules tout-terrain qui sont tellement prisés par les jeunes sous forme actualisée de quads, des tricycles, etc. L’affaire est simple : aider les ados, sortant des orphelinats, à s’adapter à la vie sociale, professionnelle et affective adulte qui, pour eux, commencent souvent bien tôt. Ces « exclus » de la société, ces garnements atteints du mal vivre, reçoivent une mission d’excellence : créer de leurs propres mains, en l’espace de deux mois, un « buggy ». En s’orientant vers ce but, les ados apprennent pas à pas un métier. Pas à pas, ils découvrent le travail d’équipe, la joie du savoir utile, le déploiement de leur potentiel. Ils découvrent que chaque création demande un travail, et, en découvrant ce travail, ils le font dans la joie.
Le troisième projet est un projet de ludothérapie, ou éducation par le jeu (« Grand jeu »). En jouant, en participant à une compétition captivante, et toujours nouvelle, les jeunes découvrent qu’étudier peut devenir leur bonheur, qu’apprendre peut rapporter la joie, et que travailler peut être aussi l’occasion de libérer le talent qui se cache au plus profond de chacun d’eux. Chaque dimanche, une cinquantaine d’anciens pensionnaires rejoint leur « Cité de bonheur » pour jouer, apprendre… Apprendre en jouant !
Le quatrième et dernier axe de travail, sort du cadre de l’enfance, tout en ayant pour but un changement de mentalité quant aux « risques » de l’état d’orphelin. « Ecole d’avenir » est le projet pour les formateurs, où le savoir faire de la jeune et dynamique équipe pédagogique se transmet aux autres, étudiants ou professeurs, éducateurs ou tout simplement curieux, passionnés, volontaires… Ainsi, les pédagogues de Nikolskoïe transmettent leur expérience, leur méthode, leur… vie.
D’autres chantiers sont en cours : poterie, menuiserie, ferronnerie, peinture, cuisine, théâtre, danse, yoga. Chaque date « rouge » de nos calendriers, est aussi une occasion de rassembler le plus d’enfants pour célébrer, ensemble, les différents âges de la vie : Noël, Pâques, la Trinité, la Saint Valentin anniversaire du Centre. Des Masters classes sont organisés : percussion, informatique, langues, et tant de choses et réalités donnant à la vie une saveur de création réussie.
1 -Le but du Centre
Lors de ma rencontre avec Vladimir Koupavski, jeune directeur exécutif du Centre, je lui ai posé cette question sur les buts d’une telle entreprise, au-delà de tout ce qu’on peut supposer comme désir d’aider les orphelins. La réponse, émanant de la bouche de ce jeune homme de 23 ans, fut bouleversante de franchise, par sa foi engagée, par son sens des réalités souvent cachées à nos contemporains : « Notre Centre est un peu comme le rêve devenu réalité, le rêve de celui qui l’a créé, le rêve de ceux qui le font exister aujourd’hui. Pour moi, c’est peut-être l’unique exemple d’un rêve véritablement réalisé ».
En effet, pour les enfants qui viennent ici, c’est, en grande partie, le lieu unique où réaliser leur liberté si souvent éprouvée : courir, sortir d’un quotidien triste ou morne, être finalement. « Tout simplement être », comme le souligne Vladimir… Rien à voir avec un projet inspiré par une anarchie originelle, mais bien plutôt un processus bien organisé.
Ecoutez donc ce que nous disent Vladimir, Alexandra, Alessia ou Yulia, pédagogues et volontaires, responsables actuels et futurs de l’avenir de ces lieux , de leur « enfant », de cette cité du bonheur qu’est Nikolskoïe :
« [Notre méthode éducative est] une sorte de ludologie, éducation dans et par le jeu, où les enfants apprennent par le jeu sans s’en rendre compte, où le savoir vient en jouant… »
« Leur faire ressentir ce qu’ils apprennent habituellement, sous la contrainte, par le jeu en liberté, pour le ressortir plus tard dans leur vie adulte, à laquelle ils ne sont, malheureusement, que très peu préparés… »
« Le but du Centre, finalement, est dans l’éveil de l’individualité de chaque enfant, quelle que soit sa condition physique, psychique ou spirituelle… »
« Dans le jeu, les participants, souvent enfants et adultes, reçoivent les réponses à un tas de questions que la société leur pose tous les jours… »
« C’est la spontanéité d’un rêve qui prend corps, selon les besoins qui se posent au cours de la vie… »
La question essentielle reste posée : comment faire pousser la graine semée dans une société qui est plutôt un champ de ronces ? Comment faire advenir à la vie d’autres lieux qui pourraient reprendre le flambeau de Nikolskoïe ?.. Ayant suivi depuis six mois l’activité du Centre, je peux constater, que les idées ne manquent pas. Ce sont les moyens qui ne suivent pas toujours, car l’« Inspiration » ne vit que par les dons privés, sans aucune aide de l’état.
2 - Et après ?
Question : que se passera-t-il au moment d’un éventuel départ du P. Elie ?
L’œuvre continuera, car, quand une génération de fondateurs s’en va, elle laisse, à ses héritiers, une bonne semence. Vladimir ou une des filles du Père, Alexandra, en sont des vibrants exemples habités par une véritable inspiration. Selon les dires de Vladimir, « l’important, l’essentiel même de l’œuvre du P. Elie n’est pas seulement, n’est pas forcement l’inspiration des débuts, mais aussi la transmission de la nature même de lieu », où tout respire à pleins poumons la véritable lecture de l’Evangile selon les actes, et non selon la lettre seulement.
3 -Les volontaires.
Question : après l’expérience d’une décennie auprès des orphelins, quelle perspective donnez-vous pour le développement d’un volontariat gratuit, tel qu’il existe en Europe ?
Les jeunes pédagogues du Centre gardent l’espoir, et témoignent que la perspective d’un heureux développement d’un volontariat libre, qui se donne sans chercher la rétribution, est non seulement probante, mais elle est essentielle pour que d’autres projets de ce genre prennent naissance dans un pays où l’état protectionniste faisait le tout de la vie sociale depuis la révolution de 1917.
4-Eglise et société dans leurs rapports au centre.
Question : quelles sont les relations entre le Centre et le pouvoir, ecclésial ou civil ?
Il faut dire tout de suite que le Centre est officiellement séparé et de l’état, et de l’église. Pourtant son fondateur, les pédagogues, les amis et les volontaires sont plus que souvent inspirés dans leur action par la Parole. A ses débuts, la fondation du P. Elie était assez bancale, faute d’un soutien ferme du pouvoir en place. D’ailleurs, les gens d’ici sont toujours peu coopératifs, même si certaines personnes du village soignent, coiffent, nourrissent la horde des ‘petits chenapans’ qui peuplent les lieux.
L’été passé, le Président Medvedev devait venir en visite officielle, et même si cette visite est reportée à une date imprécise, elle a donné quand même ses fruits : une route goudronnée longe maintenant les abris du Centre, et le pouvoir de la région ne met plus les bâtons dans les roues de l’initiative perçue, « en haut lieu », comme exemplaire…
Formellement, le lieu unique que constitue le centre ne devrait plus exister, car les normes ne s’appliquent qu’avec difficulté à un lieu qui ne vit que des dons, et sans aucune subvention. Vdohnovenie est plutôt bien perçu par les responsables pédagogiques des institutions orphelines officielles, car c’est un lieu qui apporte de l’aide très précieuse à ces maisons d’enfance qui souffrent eux aussi de manque terrible, et en argent, et en dévouement nécessaires.
Quant à l’Eglise, même si formellement les liens sont inexistants, l’autonomie est perçue plutôt comme une bonne chose, communément et par les gens du Centre, et par la hiérarchie ecclésiale, car ainsi, un plus grand nombre de personnes en difficultés peuvent trouver un chemin vers le Christ.
Mais souvent une incompréhension ou une jalousie peut naître, polluant la charité chrétienne qui doit présider entre les frères : un tel, au niveau du doyenné, empêche les enfants du village ou du Centre de gagner à un concours, un autre médit du Père Elie… Mais cela reste passager et quelque peu futile. Globalement, l’Eglise et sa hiérarchie voient d’un bon œil et, même, bienveillant l’existence de Centre.
Finalement, le Centre, cette maison du bonheur, est le lieu où tous les enfants, ceux qui ont et ceux qui n’ont pas de parents, un toit, des amis, retrouvent enfin un cadre de vie qui leur permet de réintégrer la société. Réapprendre à vivre, non comme les parents pauvres d’un système qui tue, mais comme citoyens de la cité d’espoir, eux qui étaient souvent hors des cadres de l’état, de l’Eglise, et de l’amour…
Alors, longue vie à la cité du bonheur, si prodigieusement placée sous le patronage de St Nicolas, longue vie et plein de joie à tous les enfants, de 7 à 77 ans ! La devise reste la même : « Insuffle l’inspiration à tous tes rêves, choisis la vie inspirée » !
